[Chronique] Le Moine et le Singe-roi – Olivier Barde-Cabuçon

On ne présente plus Olivier Barde-Cabuçon sur ce blog ! Cela fait un certain nombre d’années que je suis avec attention et plaisirs ses publications. Aujourd’hui, je reviens vous parler du sixième tome de sa saga Les enquêtes du commissaire aux morts étranges. Avec Le Moine et le Singe-Roi, Olivier Barde-Cabuçon s’affirme vraiment avec ses personnages et signe un tome d’une nouvelle ampleur !

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Résumé de l’éditeur :

Dans les jardins si carrés de Versailles, tout va de travers. Au milieu de l’enchevêtrement d’allées et de statues moralisatrices du labyrinthe qui orne le plus beau jardin du monde, un horrible meurtre est commis. Un précurseur de Jack l’Éventreur sévit-il sous les fenêtres de Louis XV, le Singe-roi ? Stupéfaite, la cour semble attendre la prochaine victime comme un poulet son égorgeur. Parmi les suspects, rien de moins que le premier chirurgien du roi, un peintre de la cour et la tenancière d’une maison d’un genre bien particulier où les relations habituelles entre hommes et femmes son inversées. Gangrené, Ver sailles semble devenu le royaume de transgressions des interdits.
Dans cette nouvelle enquête du commissaire aux morts étranges, jamais encore les rapports de force n’avaient été aussi exacerbés et l’autorité autant remise en question. Faut-il se soumettre, se démettre ou se révolter ? Le chevalier de Volnay sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur, tandis que, tout excité, le moine semble considérer les jardins de Versailles comme un nouveau terrain de jeu.
La tension est extrême, les deux enquêteurs abordent la plus périlleuse et la plus fascinante de leurs mission alors que, dans les jardins, le danger rôde partout et surgit souvent de là on l’attend le moins

« Le roi, ses ministres et sa cour me remplissent de dégoût, reprit-il d’une voix tendue. La prospérité de quelques-uns repose sur la misère de beaucoup. La croissance économique profite avant tout aux accapareurs de richesses. L’ouvrage ne manque pas mais n’enrichit pas les humbles. On ne pense ici qu’à comploter, manipuler, se gaver et forniquer. Et, quand je vois le triste état de notre pays, mon dégoût se change en fureur. »

Le défi dans une saga , c’est d’être constant dans la qualité. Avec Les enquêtes du commissaire aux morts étranges, il y a eu des hauts et des bas mais cela a toujours été un plaisirs de retrouver le chevalier de Volnay et le moine hérétique, ainsi que cette ambiance si particulière que Olivier Barde-Cabuçon a su construire au fil des pages. Avec ce tome-là, Barde-Cabuçon a mis l’accent sur le développement de ses personnages et s’est vraiment réussi. Ainsi, il poursuit la lente évolution entamée à la fin de Tuez qui vous voulez, nuançant avec brio ses protagonistes. L’auteur aurait pu facilement tombé dans le cliché ou s’enliser dans une routine. Mais non ! Barde-Cabuçon continue de nous surprendre !

Dans Humeur noire à Venise, l’auteur avez introduit deux personnages féminins, Flavia et Violetta, qui m’avaient particulièrement enchanté et qui avaient fait souffler un vent de fraîcheur sur la saga. Ici, il reprend d’anciens personnages qui m’avaient parfois parus un peu terne ou décrite de manière maladroite, pour en faire . A travers les personnages d’Hélène, de l’Écureuil et de Delphine, il introduit une certaine forme de féminisme. Certes, il peut etre un peu maladroit parfois, mais la volonté est bien là. Si j’ai su apprécié Hélène (sûrement le plus complexe des personnages de la saga) et l’Écureuil (touchante dans sa sensibilité et a qui Barde-Cabuçon fait la part belle), le personnage de Delphine de Marcillac m’a particulièrement impressionné. Delphine est une femme à qui la vie n’a rien épargnée mais qui a su retourner la situation à son avantage. A nos yeux de lecteurs, elle reste très mystérieuse et elle mériterait vraiment d’avoir son propre roman !

« – A son arrivée à Versailles, elle a vite compris la place qu’elle occupait dans l’humanité : même pas un strapontin ! […] Et voilà que du jour au lendemain, elle se retrouve avec à ses pieds des hommes de pouvoir et d’argent qui n’auraient la veille pas tourné la tête à son passage […].

– Et l’ordre social s’inverse… Le maître devient esclave et l’esclave prend sa place. »

 

Comme vous l’aurez sûrement compris, l’auteur a su développer et nuancer ses personnages (notamment féminin), ce qui n’était pas forcément le cas dans les premiers tomes. L’intrigue n’est pas en reste en terme de qualité, elle aussi. Contrairement à ce que j’avais pu reprocher aux livres précédents, l’intrigue et l’enquête policière est beaucoup plus travaillée, plus fine qu’elle ne la jamais été auparavant. Tout le monde est soupçonné, chaque indice est disposé avec soins… C’est un véritable plaisir de retrouvé un vrai enquête policière avec un dénouement aussi… Surprenant !

Pourtant, malgré ses très nombreuses qualités, l’intrigue policière s’efface progressivement (tout en restant suffisamment présente) pour laisser place à des problématiques plus historiques. Ces enjeux sont intimement liés à l’évolution et au vécus de nos personnages qui voient peu à peu leur monde s’effriter. Petit à petit, à travers le vécu de tous nos personnages, apparaît en filigrane les fêlures d’un monde déjà obsolète, pourrie jusqu’à la moelle et prêt de s’effondrer. Avec Le moine et le singe-roi, une époque se termine et Olivier Barde-Cabuçon prend un nouveau tournant.

« Tel Ulysse, j’ai encouru la colère des dieux. Ils se vengeront à jamais de moi. – Il leva un doigt en l’air. – Mais comme Ulysse, les dieux je les emmerde ! Une page se tourne, une autre reste à rédiger. Le dernier chapitre peut-être… »

A la fin de ce sixième tome, toutes les cartes sont rebattues, l’avenir est plus qu’incertain mais il offre de belle perspectives. Certaines des décisions de l’auteur m’ont brisées le cœur, mais j’attend avec une très grande impatience le septième tome Le carnaval des vampires à paraître le 7 mars chez Actes sud/Actes noirs.

 

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« Mais vous êtes à Venise, cité libre, enchantée et désenchantée, ville des mille délices et des grâces désœuvrées ! »

*Citation issue d’Humeur noire à Venise

Après trois tomes se déroulant à Paris, Olivier Barde-Cabuçon décide pour la quatrième et la cinquième aventure de son commissaire aux morts étranges de nous emmené à Venise (Humeur noire à Venise, 2015) en faisant un arrêt dans une vallée perdue de Savoie (Entretient avec le diable, 2016). Si la série apparaît très inégale avec ces deux livres, l’auteur prend un tournant certain dans son écriture et l’évolution de ses personnages.

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Le résumé de l’éditeur :

Pour voir les résumés éditeurs, c’est ici et ici.

Mon avis :

Comme je l’ai dit plus haut, avec ces deux tomes, la série devient assez inégale en terme de qualité. En effet, si les trois premiers tomes (Casanova et la femme sans visage, Messe noire, Tuez qui vous voulez) étaient plutôt bon, Humeur noire à Venise est bien moins bon que ses prédécesseurs, tant en terme d’intrigue que dans le développement de ses personnages.

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