« Nous avons l’avenir. Nous avons la colère, et nous avons l’espoir »

Peu connus du grand public, Estelle Faye a pourtant été une véritable révélation dans le milieu de la littérature de l’imaginaire francophone avec sa trilogie La voie des oraclesUn éclat de givre, ou bien encore Porcelaine. Son dernier né, Les Seigneurs de Bohen aux éditions Critic, a largement fait le tour des blogs littéraires, et ce, avec d’excellentes critiques. A vrai dire, même sans avis positif, je me serais laissée tenter par ce roman dont la couverture est tout simplement magique !

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Résumé de l’éditeur :

Je vais vous raconter comment l’Empire est mort.
L’Empire de Bohen, le plus puissant jamais connu, qui tirait sa richesse du lirium, ce métal aux reflets d’étoile, que les nomades de ma steppe appellent le sang blanc du monde. Un Empire fort de dix siècles d’existence, qui dans son aveuglement se croyait éternel.
J’évoquerai pour vous les héros qui provoquèrent sa chute. Vous ne trouverez parmi eux ni grands seigneurs, ni sages conseillers, ni splendides princesses, ni nobles chevaliers… Non, je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Étoile, l’escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wens, le clerc de notaire, condamné à l’enfer des mines et qui dans les ténèbres découvrit une nouvelle voie… Et de tant d’autres encore, de ceux dont le monde n’attendait rien, mais qui malgré cela y laissèrent leur empreinte.
Et le vent emportera mes mots sur la steppe. Le vent, au-delà, les murmurera dans Bohen. Avec un peu de chance, le monde se souviendra.

L’avis d’Isabeau :

Il y a des livres comme ça, où dès les premières pages nous savons que ce sera un coup de cœur et qu’il va nous bouleverser. C’est ce qui m’est arrivée avec Les seigneurs de Bohen d’Estelle Faye.

Je suis tout de suite tomber amoureuse de son écriture. Celle-ci est légère, avec des phrases courtes, parfois simplement nominales. Je n’ai pu m’empêcher, avec une certaine émotion, rapprocher cette écriture à celle du très regretté Pierre Bottero. J’ai donc été conquise, et je me suis laissée entraîner sans difficulté dans ce monde sombre, où tout le monde doit lutter pour sa propre survis.

Mon deuxième coup de cœur fut pour les personnages. Estelle Faye nous présente toute une palette de héros, dont aucun ne tombe dans le manichéisme et qui se révèlent tous complexes et touchants. L’autrice se concentre notamment sur trois personnages : Sainte-Etoile, un bretteur en quête de rédemption, Maëve, une morguenne qui doit sauver les Havres des Vaisseaux noirs, et Wens, condamner aux mines. Saint-Etoile n’est peut-être pas le plus original : bretteur, mercenaire sans loi ni moral, il se révèle toutefois touchant, et je dois avouer que le duo qu’il forme avec Mordre, le monstre dans sa tête, m’a plus d’une fois fait rire. Maëve, la morguenne des Havres, est le personnage auquel je me suis le plus attaché et, il faut le dire, qui m’a le plus éblouis. C’est une héroïne qui sort des sentiers battus et des normes, qui n’est pas sans faille mais qui fascine par sa soif de liberté et son amour de la mer. Wens est celui auquel je me suis peut-être le moins attachée mais qui s’est révélé comme le plus complexe. Estelle Faye joue vraiment sur l’ambiguïté moral de ses personnages : ils ne sont pas tout blancs ou tout noir (comme cela arrive souvent dans les romans de dark fantasy), ils évoluent. Les épreuves qu’ils traversent n’en font pas des martyrs, mais influent sur leurs décisions et leur évolution.

Comme tout être humains, ils vont créer des liens entre eux, nouer des amitiés, et aussi connaître l’amour. En effet, les histoires d’amours entre les personnages sont bien plus présent que dans d’autres livres de dark fantasy, et ce n’est pas une mauvaise chose ! Cela rend encore plus complexe les personnages, met en évidence leurs sacrifices et leurs cicatrices . Et puis, ces romances sont tellement bien menées, s’inscrivent dans une telle diversité qu’elles pourraient se suffire à elles toutes seules.

L’intrigue, quant à elle, suis la chute de l’empire de Bohen. Si le parcours des personnages prend clairement le pas sur celle-ci, elle justifie leurs sacrifices. En fait, l’histoire de chaque personnage est une partie de la Grande Histoire. L’autrice propose aussi à travers ses personnages et son intrigue des pistes de réflexions que j’ai trouvé très intéressantes.

Je pourrais vous raconter pendant des heures à quel point ce livre m’a bouleversé, fait rire, rêver, réfléchir… Je préfère m’arrêter là et vous laisser découvrir par vous même cette merveille !

« Il était comme la poudre. Comme les feux d’artifice. Comme tout ce qui possède une lumière trop intense pour ce monde, ce qui réchauffe et qui brûle à la fois. Il n’était pas de ceux qui vivent, qui s’éteignent doucement dans leur grand âge. Il était de ceux qui explosent, qui éblouissent, qui traversent l’existence comme une étoile filant en plein ciel, comme un éclat de grenade. Je l’ai su dès que je l’ai vu. J’ai su que je ne devais pas m’attacher à lui. Je l’ai fait quand même. »

 

AUTEUR : Estelle Faye
EDITION : EDS. CRITIC
ANNÉE D’ÉDITION : 2017
NOMBRE DE PAGES : 612
PRIX : 25 €